« Il semble y avoir un manque de réflexion de fond de la part de la Ville de Montréal sur la place de l'immobilier sur la transformation de la ville et aussi, à mon avis, une méconnaissance de ce secteur d'activité « - Gabriel Fauveaud

Les projets de constructions résidentiels dans les quartiers centraux de Montréal se concentrent dans les mains d'une poignée de promoteurs immobiliers axés sur le marché du condo et appuyés par des Fonds d'investissement parfois publics, révèle une nouvelle étude.

Dans le rapport de recherche intitulé Immobilier, moteur de la ville néolibérale dévoilé lundi, les trois co-chercheurs partagent leurs conclusions sur la recension des permis de construction délivrés entre 2000 à 2015 dans les arrondissements Le Sud-Ouest et Ville-Marie. C'est la première étude de ce genre depuis 1984.

" Il semble y avoir un manque de réflexion de fond de la part de la Ville de Montréal sur la place de l'immobilier sur la transformation de la ville et aussi, à mon avis, une méconnaissance de ce secteur d'activité ", dénote Gabriel Fauveaud, co-chercheur de l'étude et professeur adjoint au département de géographie de l'Université de Montréal. Il espère que ce rapport permettra de pallier cette lacune.

Le nouveau rôle des Fonds d'investissement

Les Fonds d'investissement jouent aussi un rôle de plus en plus important dans les projets immobiliers résidentiels, démontre le rapport. Le Fonds immobilier de solidarité FTQ est l'un des acteurs clés du développement de ces quartiers, information qui a surpris Éric Michaud, coordonnateur du comité logement de Ville-Marie. " Le logement devient une activité productive au même titre qu'une autre qui est soumise à des impératifs de rentabilité, fixés par des gestionnaires de Fonds ", constate celui qui travaille à la défense des droits des locataires depuis 2001. " C'est vraiment la main mise par la sphère financière sur un secteur d'activité où ils étaient moins présents avant. "

Les promoteurs promettent un retour sur investissement de 20% sur cinq ans pour les projets de condominiums, un rendement qui est bien au-delà de ceux des marchés financiers.

Règlement pour une métropole mixte

Le nouveau règlement pour une métropole mixte de la Ville de Montréal, qui devrait entrer en vigueur le 1er avril 2021, prévoit obliger les projets résidentiels de plus de 5 logements à conclure une entente avec la Ville afin de contribuer à des logements sociaux, abordables ou familiaux. Les promoteurs passés en entrevue par les chercheurs du CRACH voient d'un très mauvais œil l'instauration de ce nouveau règlement. En effet, si le logement locatif haut de gamme commence tout juste à percer le marché, les logements accessibles demeurent impopulaires auprès des acteurs du milieu. La Ville de Montréal a décliné la demande d'entrevue de L'Atelier.

Marc-André Houle, co-chercheur de l'étude et professeur de sociologie Cégep de Maisonneuve, croit qu'" on pourrait décider aujourd'hui que le rôle de la promotion se passe en amont, pas seulement par le secteur privé, mais par une coalition plus large dans laquelle les citoyens ont (aussi) une place. "