Un grand pas pour la conquête spatiale

Le Canada va marquer l'histoire

Un grand pas pour la conquête spatiale
La deuxième partie du programme Artemis consiste en un voyage habité de dix jours autour de la Lune. (Photo : Agence spatiale canadienne, NASA)

Par Matteo Touery

Avec le programme spatial Artemis, le Canada va rentrer dans l'histoire en devenant le deuxième pays à envoyer un astronaute en orbite autour de la Lune.

Le projet Artemis mené par la NASA, est né de la collaboration entre les États-Unis, l'Europe, le Canada et le Japon. Les quatre agences spatiales ont pour objectif d'installer la base Gateway en orbite autour de la Lune. À terme, le but serait de servir de tremplin vers l'exploration de l'espace lointain. Le projet Artemis s'articule autour de trois missions, dont la deuxième est prévue pour novembre 2024, avec à son bord le Canadien Jeremy Hansen.

Le Canada s'est démarqué sur la scène internationale grâce à son expertise dans la robotique spatiale. Ainsi, pour la mission Artemis, l'agence spatiale canadienne a conçu le robot Canadarm3 qui permettra à la station de fonctionner en autonomie même en l'absence d'êtres humains. C'est cette avancée technologique qui garantit au Canada deux places à bord des vols en direction de la Lune.

Un coup qui coûte cher

Les trois missions Artemis coûteront aux États-Unis environ 12,5 milliards de dollars canadiens, soit 363 milliards de moins que le programme Apollo, qui avait envoyé le premier homme sur la Lune en 1969. Selon, le site Internet de l'Agence spatiale canadienne, Artemis II servira à : "tester tous les systèmes. Il y a eu le premier vol, qui était sans humain, et maintenant, c'est pour tester la navigation, l'interface des communications ".

Le bureau de l'inspection générale de la NASA a publié en novembre 2021 un rapport estimant que chaque lancement des missions Artemis coûterait environ 5,5 milliards de dollars canadiens. Un prix justifié par l'utilisation de la fusée la plus puissante du monde. En effet, le Space Launch System a été choisi plutôt que le Starship développé par l'entreprise SpaceX.

La fusée de la NASA permettra l'inauguration de la capsule Orion, qui n'a jamais connu de vols habités, mais possède toutes les dernières avancées technologiques nécessaires au voyage qui devrait  durer dix jours. À son bord quatre astronautes : le Canadien Jeremy Hansen, l'Américaine Christina Koch, l'Afro-Américain Victor Jerome Glover et l'ancien astronaute de la Station spatiale internationale (SSI), Gregory Reid Wiseman.

L'enjeu principal [...] c'est d'arriver avant les Chinois - Éric Lagadec, astrophysicien

C'est la première fois qu'un homme noir et qu'une femme sont sélectionnés pour une mission lunaire. Pourquoi envoyer des humains en orbite autour de la Lune alors qu'on pourrait envoyer des robots ? Pour l'astrophysicien Éric Lagadec : "il n'y a pas d'intérêt majeur à envoyer des êtres humains. On peut faire de très belles choses avec des robots, ça coûte moins cher. On peut en faire plus, on peut aller plus loin, et c'est ce qu'on fait actuellement", confiait-il en entrevue avec le média français Brut. Est-ce simplement pour pouvoir dire dans les livres d'histoire que les Américains ont été les premiers à être inclusifs dans un milieu aussi sélectif que celui de l'aérospatiale ? C'était l'une des ambitions du projet, comme on peut le lire sur le site de l'Agence spatiale canadienne : "cette campagne ambitieuse regroupe les efforts visant à envoyer la première femme et la première personne de couleur sur la Lune".

Une course pour le contrôle de l'espace ?

De son côté, la Chine a pour ambitions d'installer des taïkonautes - astronautes chinois - sur la Lune pour 2029. Avec ses 62 lancements en 2022 contre 78 pour les États-Unis, la Chine compte établir son statut de puissance aérospatiale à l'échelle mondiale. En parallèle, l'Administration spatiale nationale chinoise continue le développement de sa station internationale de recherche lunaire. Cette dernière devrait être opérationnelle pour 2035.

Selon Éric Lagadec, il y a des enjeux géopolitiques dans l'exploration spatiale. Comme en 1969, les Américains font la course avec les Européens et les Chinois : "l'enjeu principal, je pense, c'est d'arriver avant les Chinois".