Le procès sur la Loi sur la laïcité de l'État ou Loi 21 s'est poursuivi hier matin, alors que l'enseignante Bouchra Shelbi est venue témoigner contre les études qui affirment que le port du hijab cause une tension sociale dans le milieu de l'éducation.

Mme Shelbi est plutôt de l'avis contraire. Lorsqu'on l'a questionnée sur le niveau de tension sociale qu'elle a ressenti depuis le début de sa carrière elle a simplement répondu que celui-ci «se résume à zéro». Au lieu de messages haineux, ce sont des messages de support et de remerciement que reçoit celle qui cumule maintenant douze ans d'enseignement en anglais langue seconde dans les écoles primaires du Centre de services scolaire de Montréal.

Bouchra Shelbi est aussi catégorique quant à sa façon de gérer les conflits entre ses élèves. En aucun cas sa religion et ses valeurs ni celles des enfants n'interfèrent avec son jugement et sa méthode de gestion. Même constat pour ce qui touche au contenu de ses cours et sa manière de transmettre la matière. «Je ne peux pas dire que je vis en conflit entre ma foi et ma façon d'enseigner», affirme Mme Shelbi. «En tant qu'enseignante, je dois faire mon travail de façon neutre et professionnelle.» Elle affirme d'ailleurs avoir une excellente relation avec tous ses collègues, incluant ceux et celles qui ont délaissé la religion musulmane depuis leur arrivée au Québec.

Par rapport à son choix de porter le hijab, Bouchra Shelbi est d'avis que celui-ci ne crée pas de distance entre ses élèves et elle. Elle n'est pas d'avis non plus que le fait de porter son foulard représente une influence qu'elle tente d'avoir sur son entourage. «Je ne comprends pas en quoi le fait que je porte un foulard l'impose aux autres», affirme Mme Shelbi qui ajoute, en comparaison, qu'une femme qui porte des talons hauts n'est pas forcément en train de les imposer à ses collègues.

Un lien privilégié

«Je ne peux pas dire que je vis en conflit entre ma foi et ma façon d'enseigner» - Bouchra Shelbi

Étant une immigrante d'origine arabe, les relations et l'intégration au sein de la communauté n'ont pas toujours été faciles pour Bouchra Shelbi. Ainsi, il est facile pour elle de se mettre dans la peau de certains élèves pour qui la socialisation n'est pas une tasse de thé. Elle cite en exemple une étudiante qui faisait du mutisme sélectif à l'école, et un autre qui portait toujours son capuchon pour se fermer des autres. Alors que c'est souvent vers les enseignants titulaires que ces étudiants se tournent pour discuter de leurs problèmes, c'est plutôt à Mme Shelbi que ces deux élèves se sont confiés en premier. «Il m'arrive souvent d'aller voir le prof titulaire pour lui demander "savais-tu ceci à propos de tel étudiant" et que la réponse soit "non"».

Il arrive même que des élèves viennent discuter de leur sexualité avec Bouchra Shelbi. Elle explique qu'elle est capable d'établir ces liens de confiance avec ses élèves en ciblant ceux et celles qui ont de la difficulté socialement et les invite à venir l'aider avec certaines tâches durant les récréations ou en invitant les parents à discuter de ces situations avec elle. Il s'agit d'un côté de son travail qui lui plaît bien.

C'est pour cela qu'elle est intéressée par les postes de conseillères pédagogiques. Ses collègues sont d'ailleurs d'avis qu'il s'agit d'un poste qui lui conviendrait parfaitement. Elle est toutefois très limitée par les emplois qu'elle peut occuper en raison de la Loi 21. Ainsi, elle n'a pas pu déposer sa candidature lorsqu'un tel poste s'est ouvert il y a quelques mois. "C'est comme si la réalité m'avait frappé de plein fouet. C'est une porte qui se ferme, c'est la conséquence de cette loi."

Le procès sur la Loi 21 a débuté lundi matin et se déroulera pour un autre cinq semaines.

Les enseignantes musulmanes manifestent depuis août contre la Loi 21 qui les empêche de porter le hijab au travail.
Les enseignantes musulmanes manifestent depuis août contre la Loi 21 qui les empêche de porter le hijab au travail. (Crédit photo : Yohan Carrière)